Jules Supervielle ou la connaissance poétique – Sous le « soleil d’oubli »

(2 tomes), L’Harmattan, 2001.

Le renoncement au savoir (tome I)

« Peut-on parler d’une connaissance poétique ? Et, si c’est le cas, quelle est sa spécificité face aux sciences et aux autres savoirs ? A ces questions se prête tout particulièrement l’œuvre poétique de Jules Supervielle, en ce qu’infatigablement elle se propose, « à travers le monde intérieur, d’aller à la connaissance poétique du monde qui nous entoure ».

La démarche cognitive de Supervielle est singulière : ce poète puise son inspiration dans le « soleil d’oubli » qui lui sert de mémoire et de conscience. Que s’agit-il d’oublier ? La trop étroite affirmation, les certitudes accumulées comme autant de leurres. Le flux de l’interrogation ne cesse de nourrir cette enquête métaphysique aux prises avec de vastes questions : l’appréhension de la mort, le rapport à l’univers, à autrui et au moi.

Curieuse connaissance, en effet, que celle qui incite le poète à désapprendre. En installant le lecteur dans le « désert du papier », vierge de toute clôture, à l’image des lieux immenses et vides qui hantent l’imaginaire de Supervielle.

Nous voici bien loin des lectures qui présentent ce poète comme un défenseur, quelque peu rétrograde, du discours ; bien loin des catégories et des nomenclatures, ces instruments dont s’arment toutes les théories. C’est un geste cognitif, et non une somme de connaissances, que l’on cherche à saisir. Un acte verbal, qui commence par reprocher au savoir d’exercer sur son objet une emprise, et, partant, une forme de violence.
Renoncer au savoir : n’est-ce pas là le premier pas, aussi inattendu que nécessaire, vers une connaissance différente de toutes celles dont nous sommes coutumiers ? »

Une autre connaissance (tome II)

« Poésie et connaissance : entre ces deux domaines, il est tentant de creuser un abîme. Surtout lorsqu’il s’agit de la poésie moderne, dont participe, malgré les apparences, l’oeuvre de Jules Supervielle. Pourfendant certaines idées reçues, le tome I dressait en effet le portrait d’un infatigable poseur de questions, qui, rejetant la tentation du savoir, préférait s’en remettre aux frêles lumières de l’oubli et de l’ignorance. Son but ? Mettre au jour une obscure frontière : celle qui nous empêche de connaître vraiment. Qu’on ne s’y trompe pas, cependant. En réalité, cette étrange occupation rendait possible l’émergence d’une autre connaissance, bien différente de toutes celles qu’on inclut dans le champ du savoir. Le poète se livre ici à une enquête encline au repentir, ignorant réponses et repos ; son investigation évite soigneusement de se figer en une représentation.

Afin de ne pas trahir l’inépuisable vérité. Aussi a-t-on voulu appréhender, au lieu d’un contenu saisissable, une connaissance en acte, fondée à la fois sur la perte et le respect de ce qu’elle cherche, une lueur tremblante de bougie, qui éclaire surtout son propre tremblement, sa grande incertitude, en un univers que la mort frappe d’une précarité définitive. Mais aussi, dans le même mouvement, une réparation, une scintillante rédemption. C’est par ce geste paradoxal que le poète s’inscrit pleinement dans une modernité dont quelques-uns ont voulu l’écarter. Supervielle, poète de la transparence ? Trompeuse légende ; sous ses dehors limpides, le miroir du poème pourrait bien dissimuler sa vraie nature : une fenêtre ouverte sur l’inconnaissable. »

La fable du monde – Jules Supervielle

Coll. « Parcours de lecture », Bertrand-Lacoste, 2008. Série Oeuvres intégrales.

« Lire, c’est tracer dans un texte des parcours de lecture. Chaque volume de cette collection propose un parcours de lecture possible pour une oeuvre intégrale reconnue ou méconnue, à découvrir ou à relire.

Ces parcours de lecture veulent aussi donner par l’exemple les moyens d’une lecture active.

Pour aider chacun à tracer ses propres chemins, des repères dégagent les méthodes d’analyse et les notions techniques utilisées, des textes complémentaires ou des prolongements suggèrent des approfondissements et des ouvertures vers d’autres œuvres. »

SOMMAIRE

Avant-propos

I. Autour de La Fable du monde

Le paratexte du recueil
La Fable dans son époque (1935-1938)
La Fable au sein de l’œuvre

II. Quels genres de fable ?

La multiplicité des genres
L’entrelacement des genres

 

III. Les fabulistes du monde

Dieu
Le poète
La conscience fabulatrice

IV. Les mondes du fabuliste

Entre macrocosme et microcosme
Des mondes fabuleux
Et si le monde n’était qu’une fable ?

Conclusion

Documents complémentaires

Jules Supervielle aujourd’hui

Actes du colloque d’Oloron-sainte-Marie, textes réunis et présentés par Sabine Dewulf et Jacques Le Gall, Presses Universitaires de Pau, 2009.

« De quelle utilité serait une poésie qui ne nous aiderait pas à vivre ? À vivre vraiment, au cœur du quotidien, en relation avec le monde qui nous entoure et nous habite ? Trop nombreux sont encore ceux qui pensent que la poésie est l’affaire de rêveurs ou de purs explorateurs du langage, de ces « professeurs de billards » dont se gaussa Isidore Ducasse, dit Lautréamont, natif de Montevideo comme Supervielle.

Face à ces croyances tenaces, l’œuvre de Supervielle s’impose comme un témoignage unique de la vie concrète – physique et psychique – d’un homme qui cherchait avant tout, en dehors des dogmes et des sentiers battus, à se mettre en relation avec lui-même, avec autrui et avec l’univers. Un univers perçu dans sa totalité cosmique, au lieu du monde divisé où nous vivons tant bien que mal, coupés de nous-mêmes comme de ce qui nous entoure et dont nous sommes pourtant tributaires. »

Contributeurs

Sabine Dewulf, Jacques Le Gall, Michel Fabre, Jacques Allemand, Florence Davaille, Danielle Gavin, Jean-Philippe Barnabé, Pierre Contet.